Société d'Agriculture Sciences et Arts de la Sarthe

Société d'Agriculture Sciences et Arts de la Sarthe

Les Conférences

 

 

 

De la rentrée d'octobre au mois d'avril, la Société organise

une réunion mensuelle

de tous ses membres, de 14h30 à 17h, dans l'enceinte de l'auditorium de la médiathèque Louis Aragon. Les sujets très variés, qu'un support iconographique agrémente souvent, sont exposés par des conférenciers membres de la Société ou extérieurs, sous la seule responsabilité des auteurs.

 

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La Barrière d’Enfer, mémoire du canotage manceau

 

Jean-Pierre Epinal

 

le 1er avril 2022

 

Bien qu’essentiellement connu du grand public par l’intermédiaire de la peinture des impressionnistes et des nouvelles de Maupassant, le canotage fait son apparition dès les années 1830. Promu par des gens de lettres tels Théophile Gautier, Alphonse Karr ou Léon Gatayes, il permet au promeneur de conduire sa propre embarcation, ce qui marque une rupture d’avec la promenade traditionnelle sous la direction d’un batelier. Symbole de liberté, il répond à un besoin de fuir la ville devenue étouffante et trop policée à l’heure où des citadins, imprégnés par la lecture de Robinson Crusoé, commencent à s’approprier le milieu aquatique et éprouvent le besoin de faire du sport. Autour du canotage se développent les bains de rivière, les restaurants et les salles de bal, sans oublier les chantiers de construction navale.

Quand et dans quelles conditions ce phénomène d’abord parisien a-t-il pu s’implanter au Mans ? Industrieuse, bordée de tanneries et barrée par les moulins, la Sarthe ne pouvait se prêter à la navigation de plaisance dans sa traversée de la ville. A contrario, en amont, la Barrière d’Enfer avait vocation à servir d’embarcadère, de lieu de baignade et à accueillir des restaurants.

Tout commence, semble-t-il par la location des bateaux. Lorsque le 7 juillet 1844 le corps de musique de l’École supérieure donne un concert sur le bassin de la Sarthe, on constate que « tous les bateaux de cette partie de la rivière avaient été retenus, et sur le soir, les bateliers regrettaient de n’avoir plus de nacelles pour tous ceux qui se présentaient encore ». Toute la flottille s’était rendue jusqu’au Moulin-l’Évêque.

En septembre 1845, alors que deux jeunes venaient de se noyer en tentant de parcourir ce même itinéraire, la presse incite la police à visiter « très rigoureusement les bateaux sur lesquels les habitants de notre ville remontent quelquefois la Sarthe ». But de promenade jusque-là occasionnel, le Moulin-l’Évêque deviendra une destination incontournable lorsque Joséphine Savarre dite Fifine y aura établi, vers 1848-1849 une buvette qui se transformera très vite en restaurant champêtre.

Julien Pesche ne faisant pas état de bains de rivière en 1832, on peut penser que le premier établissement de ce genre est celui installé en amont immédiat du moulin d’Enfer par un certain Buon-Lhermite vers 1850. Passé aux mains de Casimir François Boulay puis du fils de ce dernier, Casimir Émile, il perdurera jusqu’en plein XXe siècle sous le nom de Bains Boulay.

En 1864, René Joseph Ory, ancien combattant des campagnes d’Italie et de Crimée, a ouvert un restaurant rue d’Enfer, sur les quais. Sa clientèle est surtout composée de personnes « qui font des parties de plaisir sur l’eau ou qui vont aux bains ». En 1878,  il obtient l’autorisation d’y adjoindre une salle de bal. Ce sera le Bal des Canotiers. En 1891, suite au décès de René Joseph Ory, les deux établissements seront gérés par le gendre de leur fondateur, Édouard Ferdinand Lesage.

À ce « complexe de loisirs » en bord de rivière, il convient d’associer le Restaurant de la Barrière d’Enfer, situé quelques dizaine de mètres en amont, chemin de Saint-Pavace, et dont l’histoire est, elle aussi, étroitement liée à celle du canotage.

Sur un terrain vierge d’environ 2 400m2 en bord de Sarthe acquis en 1834, René Girard et son épouse, blanchisseurs, font construire maisons d’habitation, hangar et lavoir. En parallèle, le chef de famille se fait constructeur de bateaux, dans le but de les louer plus que de les vendre. En 1853, il se trouve ainsi propriétaire d’une quinzaine d’embarcations. En juin 1881, à son décès, l’une des maisons est louée à Hilaire Carreau, batelier, qui vient d’y ouvrir un petit restaurant.

Enfin, en 1931, sous la houlette de Jeanne Richard, vient s’installer l’Ondine Club, société de natation réservée aux femmes et à leur proche famille. Témoins d’une époque révolue, ces lieux de loisirs et de convivialité ne disparaîtront définitivement du paysage que dans les années 1960, voire 1970.               

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Science dedans, émeute dehors. Histoire populaire et savante du Mans au XIXe siècle

 

Karl ZIMMER (TEMOS, UMR 9016 CNRS, Le Mans Université)

 

le 4 mars 2022

 

En septembre 1839 s’ouvre, au Mans, le septième Congrès Scientifique de France. Fondée par le normand Arcisse de Caumont, cette institution s’inscrit dans un large contexte européen et s’inspire des exemples prussien, autrichien et britannique. Chaque année, une ville accueille des sociétés savantes de toute la France pour « imprimer » en province un esprit éclairé.

La cheville ouvrière de cette édition est Thomas Cauvin, alors à la tête de la Société Royale d’Agriculture, Sciences et Arts du Mans qui devient pour l’occasion Société d’Agriculture, Sciences et Arts de la Sarthe.

Plusieurs centaines d’érudits sarthois, français et étrangers arrivent au Mans le 12 septembre 1839 pour discuter de littérature, de mathématiques, de médecine mais aussi d’archéologie. La science des amateurs est alors en pleine construction.

De Caumont et Cauvin veulent fonder un Institut des Provinces permanent pour fédérer les esprits scientifiques en dehors de Paris. Son siège est fixé au Mans jusqu’en 1846 ! Le congrès doit se tenir une dizaine de jours, les séances générales sont très solennelles, alors que les réunions en commission semblent être l’occasion de cordiales joutes académiques. Mais, le samedi 14 septembre, une agitation gagne Le Mans.

Trois jours durant, des affrontements violents éclatent à propos de la circulation des grains. Des barricades sont érigées, une mécanique détruite, l’armée se déploie tout autour de la place des Halles (actuelle place de la République). La foule est partout, notamment autour du palais de justice, où se tient le congrès. L’émeute vient percuter avec fracas un « lieu de savoir ». L’actualité se télescope et Le Mans ne fait pas la Une pour une raison scientifique, alors que la nouvelle des troubles en Sarthe fait le tour du monde. L’interaction entre ces deux évènements pose une série de questions. Dans quelle mesure un conflit social peut-il inquiéter une production scientifique ? La fumée, l’entrave, le bruit retardent-ils les séances ? Les notables présents occupent aussi des responsabilités politiques locales, certains sont empêchés et doivent assurer la gestion du maintien de l’ordre. Le maire, le préfet, le procureur du roi, les officiers de gendarmerie et de la garde nationale s’installent eux-aussi dans le palais de justice pour organiser la sécurité publique. L’impact est réciproque, la tenue du congrès joue un rôle vis-à-vis de l’émotion populaire. La stratégie du maintien de l’ordre prend en compte la tenue de l’événement scientifique.

Un dispositif spécifique assure la sécurité du congrès qui se tient toujours au cœur de la révolte. Des rebelles s’introduisent en nombre dans le tribunal. Des soldats stationnent dans les corridors, juste derrière les portes où se déroulent les sessions scientifiques. Difficile de savoir dans quelle mesure la présence de personnalités étrangères à la communauté locale infléchit l’intensité de la répression des classes populaires, mais une chose est certaine : le congrès gêne l’émeute. Les autorités ont cherché à faire taire habilement, sans effusion de sang, le tumulte sous les fenêtres du congrès.

Enfin, on peut voir dans cet exemple un positionnement scientifique paradoxal qui est en train de se construire dans la conflictualité socio-politique. D’une part, un débat entre les congressistes a lieu pour savoir s’il faut ou non poursuivre les sessions. Un vote est même organisé et la science est brandie comme « face à l’émeute ». Ainsi, la posture savante exprimée est très claire, la science est dedans, alors que dehors la révolte gronde. Mais d’autre part, l’expérience de l’émeute sous les fenêtres, dans la rue, influence certains contenus, notamment ceux sur l’état agricole et industriel du département. Les notables ne voient pas autre chose qu’une classe ouvrière ignorante et dangereuse incapable de mesurer les bénéfices de la liberté de commercer. Le pouvoir utilise le même discours sur l’absurde archaïsme de la révolte. Pourtant, à y regarder de plus près, cette révolte est un subtil discours populaire sur la réalité vécue. Si on prend au sérieux les revendications et les actions de l’émeute, celle-ci donne des indices sur la fragilité des conditions économiques et sociales des Sarthois. L’émeute serait-elle quelque part une sorte de « science populaire » ? En somme, ce micro-événement, en plein « âge d’or des sociétés savantes » illustre la discordante modernité scientifique, où savoirs et pouvoirs s’imbriquent.         

 

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ROGER VERDIER, L’AMOUREUX  ÉCONDUIT

 

Serge Bertin

 

le 4 février 2022

 

Dès les premières lignes de son autobiographie, "L’enfant de la Belle-époque", Roger Verdier dévoilait le trait majeur de son tempérament, son indépendance d’esprit en dépit de tout, y compris des évidences : "Les gouverneurs de Connerré, un jour, ont certifié que je naquis le 11 janvier 1899 dans cette commune. J’ai conscience que c’est faux, que mon arrivée au monde se perd dans la nuit des temps".

Issu d’une famille profondément ancrée dans le Haut-Maine, il entretenait avec "sa Sarthe" une relation fusionnelle, l’aimant comme une mère, en compensation, peut-être, de celle qu’il avait perdue à l’âge de 16 ans.

Après des études chaotiques au Lycée du Mans, il pratiqua une multitude de petits métiers qui, tous, se soldèrent par des échecs. Ce n’est qu’en 1922, à l’âge de 23 ans, qu’il acquit enfin son équilibre d’homme, après qu’il eut découvert les trois voies qui allaient donner un sens à sa vie.

- Au plan professionnel, il créa sa propre entreprise d’artisan peintre, décorateur, rue Robert Triger.

- La même année, il épousa Raymonde Pottier qui, par son affection et sa confiance, lui apporta son soutien sans faille.

- À cette époque, enfin, il connut les joies éthérées de la recherche en devenant membre de notre Société d’Agriculture, Sciences et Arts de la Sarthe.

Mais ce n’est qu’aux lendemains de la Seconde Guerre mondiale qu’il se livra aux exercices de l’esprit et de la spéculation intellectuelle. Ce fut alors un véritable déluge bienvenu d’ouvrages sur notre région, dans les registres les plus divers, depuis les  amusantes Bobillonneries de Maître Binois, jusqu’aux savantes études sur La Cénomanie gallo-romaine dont le dernier volume parut en 1985, en passant par son Dictionnaire phonétique, étymologique et comparé du patois du Haut-Maine.

Travailleur acharné, il calligraphia, de sa propre plume, les milliers de pages qui constituent son impressionnante bibliographie. Avec la même vigueur, il avait exprimé sa mâle détermination dans les domaines les plus divers, construisant lui-même sa maison, creusant sous son atelier un espace dédié aux spectacles folkloriques, fondant un milk-bar, etc. Un tel activisme, doublé d’un tempérament souvent tempétueux, lui valut de solides aménités qui semblaient redoubler sa volonté d’en découdre.

Haï par beaucoup, surtout les plus puissants, admiré et respecté par quelques autres, Roger Verdier décéda le 21 décembre 1995. Sa mort passa inaperçue. Son atelier et sa maison ont été rasés. Son nom est oublié. Seule une voie, à Connerré, porte son nom. C’est une impasse.

Il amassa une quantité importante d’informations. Dans le même temps, il composa son fameux roman picaresque Prosper Béroux, roi des Loudonniaux qui ne sera édité qu’en 1975. Toujours dans le registre régionaliste, on retiendra le recueil de poèmes Les gearmes de nos guerouas, paru en 1967 ainsi qu’une œuvrette satirique, La maison de campagne, en 1979. Mais, son ouvrage le plus important, dans ce domaine, fut son Dictionnaire phonétique, étymologique et comparé du Haut-Maine, paru en 1951, qui reprenant le Vocabulaire du Haut-Maine, de Montesson, en élargissait considérablement le champ. En 1970, une Grammaire du dialecte du Haut-Maine compléta son œuvre de réhabilitation du patois local

Son adhésion, en 1964, à la Société Française d’Onomastique, l’entraîna vers les pistes vertigineuses d’une recherche où se mêlent l’histoire et l’archéologie. Avec ses lectures pour tout bagage, mais animé d’une volonté de fer, le fougueux autodidacte entreprit de partir à la découverte du passé de sa ville et de son département. Aidé de son discret ami, Henri Véron, et secondé par sa fidèle épouse, durant une bonne dizaine d’années, il parcourut toute la Sarthe, gravissant monts et murailles, arpentant et dessinant chemins et bouts de terrains pour, finalement, amasser une masse prodigieuse d’informations. Il les révéla dans ses publications, des œuvres impressionnantes de savoir, toutes soigneusement calligraphiées, comme l’ensemble de sa production. Ce fut, en 1971, La promotion antique du Haut-Maine, puis, en 1974, La Préhistoire du Haut-Maine, Quatre-cents mottes, fortifications et enceintes en terre du Haut-Maine en 1978. Le premier volume de La Cénomanie gallo-romaine, paru en 1979, fut suivi de trois autres, le dernier en 1985.

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Le docteur Paul Delaunay, président de Sciences & Arts (1927-1957),

le dernier des grands « généralistes »

 

Didier Béoutis

 

le 14 janvier 2022

 

Dans une conférence illustrée de diapositives, Didier Béoutis a évoqué la vie et les états de service du docteur Paul Delaunay (1878-1958), qui présida notre Compagnie de 1927 à 1957. Né à Mayenne, fils du greffier du Tribunal civil, passé par le collège Stanislas et la faculté de médecine de Paris, reçu docteur en 1905, Paul Delaunay s’installa au Mans en 1906 et y exerça jusqu’à sa mort, en cabinet privé et, pendant vingt ans, à l’hôpital. Parallèlement à ses activités professionnelles, Paul Delaunay, marié, père de trois filles, pourvu d’une vaste culture classique et s’étant constitué une impressionnante bibliothèque, effectua, pendant plus de cinquante ans, de nombreuses recherches et publia plus d’une centaine d’ouvrages et de notices sur la médecine, l’histoire de la médecine, les sciences naturelles, l’histoire des sciences naturelles, l’histoire régionale, ainsi que, notamment, ses souvenirs de médecin-major durant la Grande Guerre, et son « journal » pendant l’Occupation allemande. Ses deux grands ouvrages, qui font encore autorité, dans le domaine de la géologie et du naturalisme, sont Le Sol sarthois et Études sur les Coëvrons.

Membre actif de plusieurs sociétés savantes parisiennes (Société d’histoire de la médecine ; Société d’histoire de la pharmacie), participant à des congrès internationaux, Paul Delaunay s’est aussi investi dans les sociétés savantes locales, principalement, succédant à Ambroise Gentil, à Sciences & Arts qu’il présida de 1927 à 1957. Pendant trente ans, entouré d’une équipe de fidèles collaborateurs (André Bouton, Fernand Letessier, André Pioger, François Dornic…), il assura, avec une grande régularité, s’intéressant à tous les sujets, les séances mensuelles et la publication des Mémoires annuels.

Dans la tradition des Humanistes du XVIe siècle, Paul Delaunay restait attaché à la figure de « l’honnête homme », possédant une vaste culture générale, pouvant passer d’un sujet à l’autre, persuadé que l’un enrichissait l’autre. Il redoutait les effets de l’inévitable « spécialisation à outrance » des programmes universitaires qui, selon lui, ne pouvait produire que des « garçons de laboratoire ». Par sa puissance de travail, l’éclectisme des sujets abordés, l’originalité de sa réflexion, son dévouement à notre Compagnie, associés à une très grande urbanité, celui que l’on peut appeler « le dernier des grands généralistes » aura été un très grand président de Sciences & Arts.                                          

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2021

 

Une économie du face-à-face ?

Acheteurs et vendeurs sur les marchés et foires du Maine au XVIIIe siècle

 

Benoît Musset

 

Comme toutes les régions au XVIIIe siècle, le Haut-Maine est quadrillé par un réseau de foires et de marchés. Ces lieux concentrent une partie importante des échanges marchands, alliant le commerce des animaux, des subsistances (grains, beurre, œufs…) et des « commodités » (fils, étoffes, objets divers…).

Au fil des semaines, les marchés et foires mettent en contact un grand nombre d’acheteurs et de vendeurs qui concluent des transactions autour d’un prix. Mais cette mécanique simple d’apparence, résumée au détour d’une page d’Adam Smith par la métaphore de la « main invisible », repose ici sur un grand nombre de règles, de normes, de pratiques techniques, sociales et parfois morales intériorisées par les acteurs du commerce.

Individuellement et collectivement, ceux-ci appliquent une véritable grammaire des échanges, qui va de l’appréciation et la connaissance des marchandises à la négociation du prix, pour aboutir à la conclusion du marché. A chaque étape s’imposent des normes, interviennent des tiers facilitant ou compliquant l’échange, constituant autant de petites mains visibles organisant une harmonie plus ou moins aboutie de l’économie marchande. C’est à partir des archives consulaires (tribunal de commerce) que nous tenterons d’entrer dans cet univers économique parfois différent et parfois tellement semblable au nôtre.      

 

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Les délits forestiers dans le Haut-Maine au XVIIIe siècle

 

Mathilde Plais

 

Bien que révélatrice d’enjeux majeurs relatifs aux espaces forestiers, l’activité de la Maîtrise particulière des Eaux et Forêts du Mans était jusqu’à présent quasiment inexistante des études historiques.

L’angle des délits forestiers permet une plongée totale dans les logiques sociales et judiciaires du XVIIIe siècle. À travers les archives judiciaires de la maîtrise et au prisme de l’Ordonnance de 1669, il s’agit de comprendre qui sont ces hommes qui coupent du bois illégalement et dans quel dessein.

Saisir la délinquance forestière du XVIIIe siècle, c’est expliciter et interpréter la dégradation du couvert forestier par les haches autant que par le bétail. Enjeu majeur et stratégique, la matière ligneuse est l’objet de représentations aussi différentes que d’usages. Cette prise en compte des considérations économiques et environnementales est complétée par la richesse des enjeux sociaux alors exacerbés. Les stratégies judiciaires sont le reflet de comportements et de mentalités s’insérant dans la vie des sociétés rurales du Haut-Maine.

Au fil des récits de ces affaires, c’est tout un univers, tout un ensemble de relations qui lient l’Homme à la forêt qui est donné à voir.                                                                                               

 

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Yzeuville : le patrimoine ordinaire et l’histoire sociale d’un quartier du Mans

 

Baptiste Louveau

 

Le quartier d’Yzeuville, aussi paisible que méconnu, isolé à l’est du Jardin des Plantes, porte dans ses bâtiments une histoire singulière autant que commune. Fruit du désir de son original et truculent fondateur Ambroise Yzeux, qui modèle ce quartier ex-nihilo en 1922, Cet espace est un exemple classique de lotissement de l’entre-deux-guerres, période aux besoins constants en logements.  

Ce faubourg, situé sur l’ancienne commune Sainte-Croix, s’inscrit dans une logique généralisée d’étalement urbain et de volonté d’accès à la propriété privée. Il s’inscrit surtout dans une histoire locale marquée par le dynamisme économique, l’insalubrité du Vieux Mans de l’époque et une mixité socio-professionnelle forte. Un inventaire du patrimoine mené sur le quartier, autour de cette période de l’entre-deux-guerres, a permis de révéler dans l’architecture même des bâtiments (logements, espaces conviviaux, ateliers, école) tout ce contexte et cette histoire sociale.

Ce patrimoine ordinaire, qui est toujours un lieu de vie actif, est à redécouvrir pour ce qu’il est : un espace cohérent et révélateur d’une époque.                                                                            

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Les très riches heures de la métallurgie en pays manceau

 

 Philippe Legroux

 

Vers le VIIe siècle avant JC, moment de l’apparition de la métallurgie en Europe, le Maine connaît une importante activité métallurgique basée sur la réduction directe du métal. Les fouilles effectuées lors des travaux de la construction de l’autoroute A 28, puis de la LGV Paris-Rennes ont mis à jour de nombreux bas-fourneaux sur les communes voisines.

Les Celtes installés dans la région d’Aigné, La Milesse, y ont creusé des mines (extraction de notre roussard) et de nombreux bas fourneaux de plus en plus perfectionnés produisant du fer.

Ces sites resteront en activité jusqu’au Moyen Âge avec l’exploitation de nouveaux gisements (La Bazoge). Devant un accroissement de la demande et la nécessité de meilleurs rendements, les bas fourneaux laissent la place aux hauts fourneaux, plus performants, produisant de la fonte, mais nécessitant la présence d’un cours d’eau pour actionner les différentes installations (fusion, laminage, forgeage ou moulage).

En 1618, Jean III de Beaumanoir, ami d’Henri IV, donne à bail l’exploitation d’une « grosse forge » sur le site d’Antoigné. Elle restera la propriété de la famille jusqu’en 1791, date de leur mise sous séquestre. Le premier maître de forge, Raoul de La Royrie sera suivi de 31 autres. Parmi les plus notoires : Victor Doré et ses descendants : Armand Chappée et ses fils.

En 1859, le haut fourneau étant détruit par le feu, V. Doré le reconvertit en fonderie de seconde fusion, installant deux cubilots. Profitant de l’essor des chemins de fer, la « Forge » produit 24 tonnes de fonte/jour. Armand Chappée lui succède en 1875. Il développe le site d’Antoigné jusqu’à en faire une des premières fonderies de l’époque. En 1897 il ajoute au catalogue les célèbres radiateurs en fonte qui seront la gloire et le désespoir du site.

Devenus monoproduction suite au rachat par la SGF (Société Générale de Fonderie) de la société « Chappée et fils », calamiteusement gérée par Jules Chappée et ses fils, les crises pétrolières, l’apparition du radiateur tôle et le chauffage électrique auront raison d’une usine fabriquant 400 000 éléments de radiateurs/jour ! La fermeture définitive intervient en 1984.

C’est ainsi qu’une industrie née en 700 avant JC, dans la région d’Aigné et La Milesse, migrera suite à une évolution technologique majeure vers le site d’Antoigné et perdurera durant plus de 2 500 ans dans la région du « Pays manceau ».                                                                                             

 

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« La Sarthe sous les bombes »

 

Alain Moro

 

2020 la sarthe sous les bombes

 

 Bien que bombardée à 33 reprises par l’aviation alliée, la ville du Mans a subi  peu  de   destructions tant matérielles qu’humaines. Les premiers  bombardements  furent opérés   le 4 mars 1943 sur la gare de triage

 Le 9 mars les ateliers de l’usine Renault, puis le terrain d’aviation et l’usine voisine   "Gnome et Rhône"qui fabriquait des moteurs d’avion firent partie des cibles.

 Ces opérations visaient des zones stratégiques toutes situées à l’extérieur et au sud de   la  ville, zones que les habitants vont chercher à quitter.

 Malgré tout, le 7 mars 1944, les bombes touchèrent le carrefour Mariette-Bollée. Le   dernier bombardement se déroula, le 6 août 1944, deux jours avant la libération de la ville, dans le quartier de Sainte-Croix-boulevard du général de Négrier.

 

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182 ans d'histoire de l'école Sainte Croix à l'établissement saint Charles - Sainte Croix

Jean-Noël Lesellier

 

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L’établissement scolaire, connu sous le nom d’établissement Saint-Charles – Sainte-Croix depuis 2013, est le fruit d’une longue histoire qui a commencé en 1836.

L’abbé Basile Moreau a tout d’abord créé un pensionnat primaire.

Cette école, appelée Notre-Dame de Sainte-Croix, devient en 1850 un collège de plein exercice préparant au baccalauréat. Mais, confrontée à des difficultés financières, la congrégation des pères de Sainte-Croix, fondée par le père Moreau, ferme l’établissement en août 1868. Les bâtiments sont vendus. À l’initiative de l’évêque du Mans, Mgr Fillion, les jésuites, incités par le pape Pie IX, rouvrent l’établissement en octobre 1870. De 1870 à 2013, Sainte-Croix a considérablement évolué. Il a d’abord connu l’occupation prussienne en 1870, puis l’interdiction des jésuites en 1881, l’expropriation en 1911 avec un premier déménagement  rue Prémartine, dans le couvent désaffecté des capucins. Réquisitionné fin  1914, il s’installe au bout de l’avenue Bollée où il est encore actuellement.

Durant ces périodes, de nombreuses constructions ont été réalisées pour faire face à une demande accrue, notamment de familles extérieures à la Sarthe qui souhaitaient mettre leurs garçons en pension chez les jésuites en raison de leur réputation de formateurs.

En 1969, Sainte-Croix devient lycée en cédant ses classes de collège à l’institution Saint-Louis et en recevant de ce dernier, les classes de second cycle. À partir de 1977, il ferme progressivement son internat et devient mixte. En 2011, Il intègre ce qui reste de l’Institution Sainte-Anne devenue école primaire, située avenue Bollée. En 2012 les établissements Sainte-Croix (devenu lycée) et Saint-Charles, situé à proximité, avenue Bollée fusionnent.

Le pensionnat primaire de 1836 est devenu un établissement d’enseignement polyvalent, général, technologique et professionnel de la maternelle au bac + 3, mais sans collège (classe de la 6ème à la 3éme) accueillant plus de 1500 élèves et étudiants.

En février 2013, la Compagnie de Jésus abandonne la tutelle de l’établissement au diocèse du Mans. Les jésuites étaient confrontés à une baisse de leurs effectifs et s’orientaient vers les pays en voie de développement. L’établissement Saint-Charles – Sainte-Croix s’inspire encore aujourd’hui de la pédagogie jésuite : présupposé de bienveillance, cura personalis, (attention personnelle à chacun), Magis (faire plus et mieux), méthode de la relecture, travail de groupe, apprentissage de la responsabilité, importance accordée aux sports d’équipe et au théâtre, discipline personnelle, etc…

Aujourd’hui, l’établissement Saint-Charles – Sainte-Croix est réparti sur 3 sites : une école maternelle et primaire dont l’entrée principale est située rue de Malpalu, un lycée général, technologique et professionnel auquel on accède par la rue Antoine de Saint-Exupéry (anciennement rue des Vignes), un « campus sup » qui regroupe les formations supérieures au bac tant en formation initiale qu’en alternance, installé avenue Bollée. En janvier 2020, d’importants travaux immobiliers ont démarré sur le site situé rue Saint-Exupéry et dureront jusqu’en 2022. Ils se situent dans le prolongement de l’extension de la construction des nouvelles salles d’équipements sportifs, entrées en service en 2018. 

 

 

 

 

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Archives des conférences 2019

 

Archives des conférences 2018

 

Archives des conférences 2017

 

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06/04/2022
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